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Entretien avec Sarah Katz

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Sarah Katz est membre de l'UJFP (Union juive française pour la paix). Elle sera présente lors de la journée Palestina libre à Makea pour expliquer son action de solidarité avec les paysan.nes palestinien.nes

Solidarité internationale

UJFPko Sarah Katz Gazako laborariekin ari da lanean. Haien egoera aipatuko du azaroaren 15ean, Makean, Palestina Libre egunaren kari.

13-11-2025
Entretiens

Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Sarah, je porte un nom juif Katz. Presque toute ma famille a disparu, comme la plupart des juifs d’Europe centrale. Dès que j’ai été à la retraite, je suis allée en Palestine. Je travaillais à la maison des femmes du camp de réfugié·es de Jénine lorsque j’ai eu l’occasion d’entrer à Gaza, en 2008, pour une commémoration de Vittorio Arrigoni, très grande figure des solidaires italiens. ISM (International Solidarity Mouvement), une organisation historique qui aide à la venue de solidaires du monde entier vers la Palestine, avait organisé un mois après son assassinat un tour dans Gaza pour dire que nous n’avions pas peur et que nous resterions là. À cette occasion, j’y ai noué des contacts et je suis revenue vivre à Gaza entre 2011 et 2014. J'ai adhéré à l'UJFP (Union juive française pour la paix) à ce moment-là, en 2011. Nous étions mobilisé·es à Gaza pour aider et montrer ce qui arrive aux pêcheur·ses et aux paysan·nes. Il y a une politique explicite de l’occupant d'interdire la production, qui se double de la difficulté que les terres agricoles sont le long de la barrière de séparation si dangereuse qui a coupé les champs en deux. À Gaza se trouvaient des arbres fruitiers, des orangers surtout, qui ont été tous coupés sous prétexte qu'ils gâchaient la vision des soldats. Les terres sont aussi très bonnes pour le maraîchage. Pour les paysan·nes, cela était fondamental de récupérer ces terres agricoles. Alors nous, solidaires, nous nous placions en tant que boucliers humains entre la barrière et les paysan·nes au travail, avec des appareils photos, bien identifiés avec des gilets, afin que les snipers ne leur tirent pas dessus. Rapidement quand je suis revenue en France, l’essentiel de mon activité s’est tournée vers les paysan·nes et, dans une moindre mesure, les pêcheur·ses.

Quels sont les différents projets menés ces dernières années ?
L’UJFP n’est pas une organisation humanitaire mais une organisation politique. Pour autant, on ne peut pas aider une population en cage sans l’aider matériellement. L’irrigation est la question première pour l’agriculture là-bas. On peut tout faire avec des mains, mais on ne peut pas tirer l’eau à plus de 200 mètres de profondeur si on n’a pas d’électricité. Pour arroser, il faut tirer l’eau de la nappe phréatique très profondément, parce qu’Israël pompe toute l’eau en amont. À cette époque, grâce à une collecte qui a très bien fonctionné, nous avons pu ériger un magnifique château d’eau au sud du village de Khuza'a.
La question des semences est tout aussi fondamentale. Ne rentre à Gaza que ce qu’Israël autorise. Ils sont complètement dépendants des intermédiaires. À cause des prix trop élevés, s’est mis en place un système de paiement à la récolte, où les commerçants donnent à crédit les semences et les intrants et ils se servent lorsque la récolte sort. Cela veut aussi dire que l’année où la récolte est mauvaise, les fermes sont dans une situation épouvantable. Cette dépendance est terrible. Ils ont à l’époque tout-de-même réussi à s’organiser pour tester ces semences dans une grande pépinière. Chaque paysan·ne pouvait tester les semences qu’iel avait acheté. La pépinière a été détruite par les bombardements de 2024, elle n’est maitenant que des poutres tordues, le château d’eau aussi.

Quels sont les liens avec l’UAWC* ?
L’UAWC fait partie de cette nébuleuse d’organisations qui a émané du Front Populaire de Libération de la Palestine à travers des militant·es qui ont pensé qu’ils et elles étaient plus utiles en travaillant avec la société civile qu'en étant des politiques. Cela a donné lieu à plusieurs associations importantes à Gaza et en Palestine. Il faut savoir que quand nous avons commencé à travailler avec les paysan·nes localisé·es au Sud Est de Khan Younis, les deux villages de Khuza'a et Abasan, nous aurions pensé, avec nos raisonnements de militant·es français·es, qu’iels se rapprocheraient de l’UAWC, ce qui n’a pas du tout été leur démarche. Les paysan·nes ont tenu absolument, même s’iels ont de bons rapports, à être indépendant·es. C’est une chose que j’ai appris à Gaza, à force d’être balloté·es et de n’avoir aucune solution pérenne, il y a un dégagisme très important. Ce que les paysan·nes nous ont demandé d’entrée de jeu, c’était de leur laisser leur autonomie en tant que paysan·nes de Khuza'a et Abasan. Cela n’a pas empêché de très bons rapport avec l’UAWC. Ce que l'organisation fait est très important et permet une ouverture vers l’international grâce à ses liens avec la Via Campesina.

Et les liens avec la Cis-Jordanie ?
La stratégie israélienne a été de découper le territoire de la Palestine en petit morceaux. Gaza est un bout de la Palestine et il n’a pas de possibilité de commercer avec la Cis-Jordanie, alors que cela serait complètement normal. Il y a des productions différentes sur ces territoires et bien évidemment, si on les laissait commercer entre elles, cela aiderait beaucoup les populations des deux côtés. Mais ça justement, c’est interdit. Il y a une blague qui circule et que j’aime bien raconter : quand vous rencontrez un couple dans lequel l’un·e des deux est de Gaza et l’autre de Cis-Jordanie, vous leur demandez “mais vous vous êtes rencontré·es où ?”, et la réponse fuse, “au seul endroit où il est possible de se rencontre, en prison”. Le fait de découper le territoire en morceaux pour que les palestinien·nes ne puissent pas s’appuyer les un·es sur les autres est une politique explicite d’Israël. Il y a une chose qu’on ne peut pas reprocher aux israélien·nes, c’est qu’iels disent les choses. La Cis-Jordanie est aussi dans une situation terrible, y compris les producteur·ices. L’élevage et la culture des oliveraies sont dévastées. Le courant de soutien qui consiste à être cueilleur·se d’olives est très important.

“Les paysan·nes de Gaza ont toujours eu conscience de leur utilité sociale”

Quelle est la réalité des paysan·nes à Gaza aujourd’hui ?
Depuis octobre 2023, tout est très différent. C’est une phase d’extermination dans lequel tout le monde a dû s’adapter pour survivre. Les paysan·nes de Gaza ont toujours eu conscience de leur utilité sociale. D’où le drame des bombardements génocidaires qui les ont obligé·es à abandonner leurs terres.
Être paysan·ne actuellement à Gaza, c’est soit être confiné·e dans des camps dans des conditions de vie extrêmement difficiles et humiliantes, soit pour celle·ux qui sont dans des endroits où il y a encore des terres cultivables, comme à Deir al Balah, travailler la terre. Il y a toujours la problématique de l’irrigation, avec le besoin par exemple de décompresseurs pour que les pompes fonctionnent. De plus, l’eau tirée est extrêmement salée et les petites installations de désalinisation ont été prioritairement détruites. Les paysan·nes sont allé·es voir l’équipe de l’UJFP sur place et ont proposé qu’en échange d’une aide financière, iels s’engageaient à vendre leurs récoltes à un prix normal. Nous sommes en lien direct avec les groupes d’agriculteur·ices. Grâce à la solidarité, on peut faire parvenir de l'argent, avec toutes les difficultés qu’il y a pour ce faire. Il faut soutenir les paysan·nes comme corps professionnel, et y compris celles et ceux qui ne peuvent pas actuellement cultiver, mais qui s’efforcent de vivre collectivement. Dans le camp où sont regroupé·es les paysan·nes de Khuza'a et Abasan depuis maintenant deux ans, iels organisent une cantine collective, qui arrive à fonctionner trois jours par semaine. Même si ce n’est pas tous les jours, ces repas chauds peuvent faire la différence entre la vie et la mort. La scolarisation des enfants est aussi très importante et il y a des ateliers de soutien psychologique qui ont été mis en place.
La chose essentielle à retenir, c’est qu’il n’y aura pas de solution à Gaza sans les gazaoui·es. Or, on essaye d’inventer une soi-disant solution, avec un groupe d’internationaux dirigé par un anglais - quand on sait que tout démarre du mandat anglais en 1920 - et de créer par-dessus leur tête une société artificielle dans laquelle ils n’auront pas leur rôle. C’est aux palestien·nes de décider et de s’organiser. Il faut leur remettre le droit à l’auto-détermination et le droit à s’organiser eux-mêmes.

 

*L'Union des comités du travail agricole (Union of Agricultural Work Committees – UAWC), est considérée comme l'une des plus grandes institutions de développement agricole en Palestine, elle a été fondée en 1986 par un groupe d'agronomes. Elle travaille avec des organisations palestiniennes, arabes et internationales pour soutenir et protéger les droits des agriculteur·ices nationaux·les palestinien·nes et est affiliée à un certain nombre de réseaux internationaux et nationaux, tels que la Via Campesina. En 2021, elle a été désignée par Israël comme organisation terroriste.

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