Pourquoi lutter contre les projets routiers ?

La Déroute des Routes regroupe dans l'Etat français une cinquantaine de collectifs citoyen.nes en lutte contre des projets routiers. Chaque année, ils et elles arrachent des victoires qui permettent de limiter la bétonisation galopante et d'imposer un rapport de force. Ils seront partie prenante des mobilisations du Printemps des luttes locales.
Laburpena euskaraz : Le Déroute des Routes delakoak 50 bat kolektibo biltzen ditu frantses Estatuan. Urtero, betonizazioaren hedapena mugatzea eta indar harreman bat sortzea lortzen dituzte. Tokiko borrokaldien udaberrietako mobilizazioetan parte hartuko dute.
Partout en France, les projets routiers continuent de se multiplier : autoroutes, déviations, élargissements d’axes. Aujourd'hui, 1,1 million de kilomètres de bitume sillonnent le pays, soit une des pires densités de kilomètres de route par habitant. Et ça continue ! On estime à environ 200 les nouveaux projets routiers en cours ou planifiés, pour un coût de 23 milliards d'euros. À cela s'ajoutent, chaque année, les 13 à 17 milliards d'euros d'entretien du réseau existant.
Artificialisation, pollution et destruction du vivant. Les routes représentent plus du quart de l'artificialisation totale en France, soit 1,28 million d'hectares. Or le changement d’usage des sols est identifié comme un des facteurs majeurs de l’effondrement de la biodiversité, en proie à une sixième extinction de masse. Le transport est aussi le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre, à hauteur de 30 % du total national, soit 126 mégatonnes de CO2‑eq. Et la logistique routière en est une part significative : les poids lourds et véhicules utilitaires représentent 47 %, alors que l'alternative ferroviaire émettrait 9 à 14 fois moins que la route. A ceci s'ajoute une mobilisation de matières premières importantes, l'ouverture de carrières dédiées, et donc autant de destruction et de pollution dans les sites où elles s'implantent.
Le bitume est le front pionnier du béton. Dans le sillage des autoroutes, 2 × 2 voies, échangeurs et contournements, des centaines de zones commerciales, entrepôts logistiques et lotissements poussent comme des champignons. À chaque nouveau projet, les terres agricoles, naturelles et forestières reculent. Les routes sont des outils au service d'une idéologie capitaliste qui accélère toujours les flux de marchandises sans limites. Chaque nouveau projet routier est un maillon de la chaîne logistique qui déploie ses tentacules depuis les centres industriels et les ports commerciaux jusqu'aux campagnes.
Rouler plus vite pour aller plus loin ! À l'image du concept de "désenclavement", les arguments éculés de "fluidité du trafic" et de "gain de temps" sont de purs mensonges pourtant dénoncés par les scientifiques. En effet, le système "tout routier" accroît les distances entre les lieux d'habitation, de travail, de services, de loisirs et de consommation. Autour des villes, il conduit à l'étalement urbain à outrance. En zone rurale, il assèche les bourgs et les villages et fait disparaître les commerces et services de proximité.
Le développement du tout-routier renforce les inégalités sociales. Il nous maintient dans un système technique dont on mesure chaque jour les dégâts. Le modèle impose une dépendance à la voiture individuelle, qui pèse lourdement sur les ménages. L’Alliance écologique et sociale rappelle que les transports représentent déjà 14 % des dépenses de consommation des ménages. Dans les territoires mal desservis, l’absence d’alternatives contraint à posséder un véhicule, voire plusieurs. Les pollutions atmosphériques liées à la proximité des axes routiers et autoroutiers se concentrent dans les banlieues où vivent des personnes déjà fragilisées, et entraînent des maladies respiratoires.
Face au passage en force : la mobilisation citoyenne grandit ! L'aménagement du territoire se décide sans les habitants, sans questionner leurs réels besoins, au mépris de leur histoire et de leur attachement à leur cadre de vie, à leurs paysages. Politiques et acteurs économiques imposent leur vision d'un monde livré à la croissance effrénée et au libre-échange mondialisé. Les enquêtes publiques sont des simulacres de démocratie, et valident même les projets les plus contestés localement. La coalition nationale La Déroute des Routes regroupe une cinquantaine de collectifs citoyens en lutte contre des projets routiers. Chaque année, ils et elles arrachent des victoires qui permettent de limiter la bétonisation galopante et d'imposer un rapport de force.
Stopper les routes, c'est arrêter l'étalement urbain, se laisser la possibilité de relocaliser l'économie, prendre en compte le dérèglement climatique, préserver les terres agricoles, cesser de fragmenter les habitats au détriment de la biodiversité, soumettre l'aménagement du territoire à la démocratie locale, investir dans d'autres mobilités moins inégalitaires et de redonner le choix.
Ces mobilisations prennent des formes variées : recours juridiques, manifestations, occupations de terrain, campagnes d’information. Dans certains cas, elles obtiennent des victoires. A Rouen, la municipalité fait marche arrière pour l'A133‑134 face à la mobilisation ; dans l'Orne, la biodiversité a enterré le projet de D924 dans les tribunaux ; entre Toulouse et Castres, l'A69 est un naufrage sur tous les plans face à la mobilisation acharnée sur tous les plans ; à Strasbourg, le CGO a subi un revers juridique majeur la veille de l'inauguration.
Autour de Montpellier, de Nîmes ou d'Arles les projets invraisemblables sortent des cartons, partout dans les campagnes, les élargissements et petits tronçons font se lever des villages entiers. C'est le cas près de Genève où l'A412 menace de détruire zones humides, habitats de castors et terres du Roblochon AOP, mais aussi autour de Valence : les travaux de Saint‑Péray contournent le droit à toutes les étapes à grands renforts de gendarmes.
Fin mai, les luttes contre les routes seront pleinement mobilisées. Ce 2 mai, contre l'A412, une mobilisation a rassemblé des centaines de vélos et tracteurs en pleine enquête publique. Du 14 au 17 mai, à Saint‑Péray la mobilisation "On Fait Pas Le Pont" sera la première action du Printemps des Luttes Locales. Du 22 au 26, les collectifs seront mobilisés pour fissurer le béton lors de la campagne. Et ils poursuivront leurs actions les 30 et 31 mai autour de la Déroute des Routes, de Sud‑Rails et de l'Alliance écologique et sociale lors de la campagne "Moins de Routes — Plus de Train".
Pour les habitants : il y a déjà trop de routes. Pour les capitalistes : il n'y en aura jamais assez.