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« Si le Hamas est désarmé, c’est la guerre civile à Gaza »

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Deir El-Balah, 25 mars 2026
Rami Abou Jamous

Alors que l'attention des grands médias se focalise sur la guerre contre l'Iran, la situation à Gaza reste dramatique. Dans ce texte paru sur ORIENTXXI, Rami Abou Jamous journaliste vivant à Gaza, explique les conséquences concrètes qu’aura le désarmement du Hamas. Les Gazaouis se trouvent coincés entre la possibilité d’une guerre civile ou une reprise du nettoyage ethnique.

Solidarité internationale

Laburpena euskaraz : Komunikabide handien arreta Iranen kontrako gerlan zentratzen den bitartean, Gazako egoera dramatikoa da oraindik. Rami Abu Jamous Gazan bizi den kazetariak Hamasen desarmeak izanen dituen ondorio zehatzak azaltzen ditu. Gazatarrak gerla zibil baten edo garbiketa etnikoa berriz hastearen artean harrapatuak dira.

07-04-2026
Grain à moudre

Lundi 30 mars 2026.

Vous avez sans doute entendu parler du nouveau plan présenté le 19 mars par le diplomate bulgare Nikolaï Mladenov, le « Haut Représentant pour Gaza » au sein du « Conseil de paix » de Trump. Il impose le désarmement total du Hamas et des autres factions militaires. Total, c’est-à-dire pas seulement les armes lourdes comme les lance-roquettes, mais aussi les Kalashnikov et même les pistolets des dirigeants du Hamas et de leurs gardes du corps.

Cette exigence met le Hamas entre le marteau et l’enclume, entre la catastrophe et le désastre. S’il accepte de désarmer, ce sera le début d’une guerre civile à Gaza. Les milices armées par les Israéliens auront le champ libre. Elles ont pris leurs quartiers derrière la « ligne jaune » qui annexe de facto 60 % du territoire de la bande de Gaza, une zone vidée de ses habitants, où seules peuvent s’implanter les personnes autorisées par Israël. Et on peut douter qu’ils soient concernés par le désarmement, tant il semble que tout ce qui se trouve à l’est de la ligne jaune n’est plus considéré par les Israéliens et les Américains comme faisant partie de la bande de Gaza.

Ces gangs armés dépassent parfois la ligne pour venir commettre des enlèvements ou des assassinats, comme dernièrement celui de plusieurs membres de la police du Hamas. Celle-ci essaie de rétablir la sécurité en rouvrant les commissariats. Cela a redonné un peu de confiance aux Gazaouis. Il y a moins de vols, et il n’y a plus d’attaques contre les rares convois d’aide humanitaire. Au plus fort de la guerre, ces assauts étaient perpétrés par des clans plus ou moins mafieux, et Israël en accusait le Hamas. La population ici préfère que la police du Hamas conserve ses armes, parce qu’ils savent très bien ce qu’il se passerait si elle était désarmée. On en a eu un avant-goût après la prise du pouvoir par le Hamas en 2006, après, déjà, des affrontements entre Palestiniens. Les grandes familles de Gaza avaient profité de la période d’instabilité pour voler des voitures, kidnapper des gens, y compris des étrangers. C’était une première à Gaza.

Ce que cherchent les Israéliens : le chaos

Aujourd’hui on peut dire que la sécurité est assurée à 90 % par la police. Cela ne plaît pas du tout aux Israéliens, pour qui la police aussi doit être désarmée. C’est pour cela qu’ils visent régulièrement ses postes et ses voitures 4x4. Depuis la semaine dernière, jusqu’à ce 30 mars, plus de 20 policiers ont été tués.

Le véritable objectif d’Israël, c’est la guerre civile. Il a vu que, malgré le génocide, beaucoup de Gazaouis veulent résister en restant chez eux. Mais si une guerre civile éclate, ils partiront. Comme moi. Jusqu’à présent, je voulais résister jusqu’à la dernière minute en restant chez moi. J’ai fait le vœu de ne quitter Gaza que contraint et forcé. Mais si des Palestiniens commencent à s’entretuer pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la défense de la patrie, mais pour la vengeance ou pour le pouvoir, je serai parmi les premiers à quitter Gaza dès que ce sera possible. Je ne serai pas le seul. On a vu cela pendant la guerre civile au Liban. Beaucoup de Libanais ont quitté leur pays. Et je crois que c’est exactement ce que cherchent les Israéliens : le chaos.

Si le Hamas dépose les armes, certains pourront chercher à se venger. Le Hamas a gouverné Gaza avec une main de fer. Il a emprisonné et parfois torturé des gens. Certains de ses membres ont abusé de leur pouvoir.

La haine pourrait aussi se déchaîner contre les nouveaux riches, les profiteurs de guerre. Parmi eux, il y a les commerçants qui ont obtenu des Israéliens le monopole des importations de biens et de denrées alimentaires, les « influenceurs » qui ont fait fortune en créant des cagnottes en ligne pour aider les Gazaouis, mais qui ont gardé les dons, amassant parfois des sommes très importantes. Il y a les trafiquants de drogue et de tabac. Il y a ceux qui ont créé des ONG locales dans le seul but de recevoir des subventions des grandes ONG internationales, et qui prélèvent une partie des sommes, voire la totalité. Bien sûr, il y avait déjà des gens riches à Gaza avant la guerre, des entrepreneurs, des commerçants, ou des héritiers. Mais les riches d’aujourd’hui ont bâti leur fortune sur la misère de la majorité. La stratégie israélienne a fait disparaître la solidarité traditionnelle en créant cette nouvelle classe sociale qui ne se soucie pas des autres. Le jour où il n’y aura plus de sécurité, certains se vengeront de ces gens-là, qui le savent très bien. Ils s’y préparent en créant leurs propres milices.

Des Gazaouis sont toujours tués quotidiennement

Malheureusement il n’y a dans ce plan Mladenov aucune exigence concernant Israël. D’ailleurs, même s’il en comportait, les Israéliens feraient ce qu’il leur plaît, et en toute impunité, comme d’habitude. Ils ne respectent pas le cessez-le-feu soi-disant garanti par les États-Unis, contrairement au Hamas, qui n’a pas d’autre choix. Seul l’intensité des bombardements a baissé, mais il y en a quand même tous les jours. Des Gazaouis sont toujours tués quotidiennement. La deuxième phase, qui prévoyait le retrait de l’armée israélienne et un passage fluide des Gazaouis par le terminal de Rafah, n’est pas appliquée. Les passages sont soumis à des conditions très complexes, surtout pour les retours.

L’aide humanitaire n’entre qu’au compte-gouttes, et va en diminuant. On voit très bien que les Israéliens n’ont aucune intention de s’engager à quoi que ce soit. Le plan états-unien est une série d’ordres auxquels le Hamas doit obéir. Voilà pour le marteau. Et pour l’enclume : que se passera-t-il si le Hamas refuse de déposer les armes ? La réponse d’Israël serait la reprise du génocide sur une grande échelle, une augmentation du rythme des incursions terrestres d’ampleur, et peut-être un resserrement du blocus pour revenir à l’arme de la famine. Les Israéliens resserreront l’étau contre la population, et le monde laissera faire, comme pendant les deux ans et demi où le génocide battait son plein. Gaza replongerait dans un enfer où le Hamas serait toujours là et armé, et où la population ne pourrait pas vivre. Aujourd’hui, 90 % des Gazaouis dépendent de l’aide humanitaire et vivent dans la rue, sous la tente, dans des conditions très difficiles. Les ONG internationales qui opèrent encore à Gaza, surtout avec leurs hôpitaux de campagne, seront totalement interdites. Pour l’instant elles sont toujours présentes, mais trente-sept d’entre elles sont menacées d’expulsion imminente par Israël. Elles fonctionnent de façon partielle, en puisant dans leurs réserves, car elles n’ont plus le droit d’importer des médicaments ou du matériel médical.

Le monde dira que le Hamas ne veut pas céder, qu’Israël a le droit de se défendre et de s’étendre, et donc le droit d’étrangler les Palestiniens. Voilà pourquoi le Hamas n’a le choix qu’entre la catastrophe et le désastre. Le désastre s’il accepte de désarmer, et la catastrophe s’il refuse. Si la guerre civile s’installe, beaucoup de Gazaouis voudront partir. Si le génocide reprend, ils finiront par être déportés. Quelle que soit le moyen, le but est le même : le nettoyage ethnique de toute la population de Gaza.

 

Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, Rami Abou Jamous a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l’armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars 2025, Rami est rentré chez lui avec sa famille le 9 octobre 2025.

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