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Vers une nouvelle bipolarisation mais laquelle ?

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Dans "Blocs sociaux et domination" 2024 Ed Raisons d'Agir, Bruno Amable et Stefano Palombarini explicite les outils analytiques de leur "économie politique néoréaliste". La postface de l'ouvrage dont nous publions les dernières pages, présente une analyse de la situation française au lendemain de la dissolution de juin dernier et propose des hypothèses quant à son évolution. Instructif et inspirant.

Théories

{up readmore=Laburpena euskaraz | textless=Laburpena hetsi | class=up-readmore resume-eus} "Blocs sociaux et domination" liburuan, 2024 Ed Raisons d'Agir, Bruno Amable eta Stefano Palombarinik "ekonomia politiko neorrealistaren" tresna analitikoak azaltzen dituzte. Argitaratzen ditugun liburuaren azken orrialdeetan, joan den ekaineko disoluzioaren ondorengo egoeraren azterketa aurkezten dute, eta haren bilakaerari buruzko hipotesiak proposatzen dituzte. Irakasgarria eta inspiratzailea. {/up readmore}

24-02-2025
Grain à moudre

Le conflit politique en France se déroule donc sur au moins deux dimensions différentes. À l'intérieur du monde néolibéral, le bloc bourgeois et celui de l'extrême droite sont des adversaires; mais sur le plan de l'hégémonie, ils sont de fait alliés, car leurs visions respectives de la société et de l'économie sont à bien de égards compatibles, leur adversaire commun étant le bloc de la gauche de rupture. Un conflit social articulé sur des dimensions différentes a des conséquence concrètes sur les stratégies de médiation politique. En principe, en l'absence de contestation idéologique de leur monde, la stratégie correspondant au bloc bourgeois et celle qui s'appuie sur le bloc d'extrême droite devraient se différencier : à l’intérieur du paradigme néolibéral deux pôles sont possibles, l'un cosmopolite et « progressiste » sur le plan des liberté et des droits, l'autre identitaire et, comme on l'a dit, intégrant le racisme comme une variable fondatrice de son programme. Cette polarisation n'est pas simplement théorique, car elle caractérise les pays dans lesquels l'hégémonie néolibérale est complète. Cela n'est cependant pas le cas en France, où la tendance à la différenciation est contrecarrée par l'exigence commune de combattre l'opposition politique, qui est aussi une contestation idéologique, en provenance du bloc de la gauche de rupture. Lorsqu'on analyse les stratégies de Macron et de Le Pen, on constate que les deux tendances sont à l'œuvre, mais la convergence vers une même variante du néolibéralisme, autoritaire et répressive, apparaît comme largement dominante. Pour l'avenir, si on raisonne sur une période de quelques années, la tripolarisation du conflit social en France peut s'ouvrir sur deux perspectives totalement différentes.

La première, à laquelle travaillent avec acharnement médias dominants, intellectuels de régime et acteurs politiques rescapés de la soi-disant « gauche de gouvernement », passe par l'échec de la tentative de consolider et élargir le nouveau bloc de gauche. Cette première perspective est celle d'une transition aboutie vers le capitalisme néolibéral, avec lequel les deux blocs qui occuperaient seuls la scène sont totalement compatibles. Ultérieurement, cette bipolarisation à l'intérieur du paradigme néolibéral pourrait se structurer de façon durable autour de deux blocs socialement distinct ou produire la consolidation d'un seul bloc dominant à vocation néo-libérale-autoritaire, issu de la fusion de deux bloc précédents. Le premier cas est certainement la configuration souhaitée par les forces politiques de l'ex-« gauche de gouvernement », qui se verraient bien incarner le pôle soi-disant « progressiste » de cette bipolarisation selon un schéma qui reproduirait la stratégie favorite de la droite du PS depuis le année 1980, celle consistant à réunir les « sages de tous les camps» opposés aux « extrêmes ». Le succès électoral de cette stratégie ne peut reposer que sur le soutien résigné d'au moins une partie des groupes sociaux qui pourraient constituer le bloc de la gauche de rupture. On conçoit alors bien que la marginalisation des forces politiques susceptibles de donner une réalité politique à ce bloc est une condition essentielle de la stratégie consistant à (re)faire du macronisme sans Macron. Dans le second cas la compétition politique porterait sur la capacité de répondre aux attentes des groupes centraux du bloc, les diverses formations se différenciant à la marge sur le plan des politiques économiques et sur le profil des groupes intégrés en position périphérique dans l'alliance dominante. La gauche occuperait dans tous le cas et au mieux une position largement minoritaire dans le paysage politique, et l'abstention augmenterait probablement, notamment en raison du retrait d'une partie significative des classes populaires des mécanismes de la représentation politique. Cela n'effacerait évidemment pas les souffrances sociales, qui s'exprimeraient uniquement dans des contestations que le pouvoir politique, s'appuyant sur le bloc bourgeois ou le bloc d'extrême droite, ne se priverait pas de réprimer avec la plus grande brutalité.

L'autre perspective passe par la consolidation du bloc de la gauche de rupture, qui s'agrège autour d'une vision radicalement différente et totalement alternative à celle de la transition néolibérale. Par ce fait, une montée en puissance de cette alliance sociale qui se poursuivrait en prolongeant la dynamique de dix dernières années produirait mécaniquement la centralité dans le débat de thèmes liés à la relation salariale, aux services publics, à la transition écologique, à la protection sociale. Dans un conflit politique structuré par ces thèmes, et dans lequel le voile islamique ou l'identité française deviendraient immédiatement des non-sujets, on s'apercevrait vite que la distance entre les stratégies politiques visant à consolider un bloc bourgeois et celles cherchant l'appui d'un bloc d'extrême droite est minime. Au point qu'il est tout à fait possible de supposer qu'un bloc de gauche radicale en mesure d'accéder au pouvoir produirait une recomposition politique avec, là-aussi, une fusion partielle des deux blocs concurrents dans une alliance entièrement axée autour du néolibéralisme autoritaire.

Les élection législative du mois de juin 2024 laissent penser que cette deuxième perspective est la plus probable. Certes, l'alliance du Nouveau front populaire ( NFP), contituée à la hâte après une dissolution surprise, dissimule à peine les tensions existantes entre La France insoumise d'un côté, le Parti socialiste, les Écologistes et le Parti communiste français de l'autre. Et il est vrai que, s'il n'y a pas de doute sur l'affaiblissement de la gauche d'accompagnement, celle-ci, en raison d'un taux de participation très faible chez les jeunes et les classes populaires, est en mesure de résister dans les scrutins autres que la présidentielle (244). Ainsi, aux élections européennes de juin 2024 (51,4 % de participation), la liste du Parti socialiste et de Place publique conduite par Raphaël Glucksmann, largement soutenue par les médias dominants, est arrivée en tête de la gauche avec 13,8 % des suffrages exprimés. Dans la brève période qui a séparé les européennes des législatives, les médias en ont profité pour célébrer un supposé retour en force de la gauche « raisonnable », en occultant le fait que la liste Glucksmann avait obtenu un score équivalent à celui de celle conduite, cinq années avant, par Yannick Jadot (13,5 %). En réalité, d'une européenne (2019) à l'autre (2024), la gauche écolo-socialiste a perdu 414 000 voix, et cela malgré 1,7 millions de votants supplémentaires et un recul de la liste présidentielle de 2 million de voix. La France insoumise a, quant à elle, progressé d'un million de voix. Dans les jours qui ont suivi les européennes, la constitution du NFP s'est faite autour d'un programme qui, bien que réduit, signale une nouvelle fois, comme à l'époque de la création de la Nupes deux ans avant, la volonté de rompre avec la trajectoire et les réformes néolibérales . Par conséquent Glucksmann, qui avait axé sa campagne sur la nécessité de « trancher les lignes à gauche », se retrouve dans cette phase politiquement isolé, tout comme l'aile droite du Parti socialiste.
Alors que la ligne de la rupture paraît s'imposer à gauche, le législatives 2024 ont modifié les rapports de force entre les trois blocs dans une direction qui semble confirmer la réorganisation de l'espace politique néolibéral, dans lequel il faut inclure à la fois le bloc bourgeois et l'extrême-droite, autour de la version la plus autoritaire, identitaire et répressive du néolibéralisme. Comme nous l'avons souligné, les trois alliances sociales avaient un poids électoraI similaire en 2022; deux ans après , alors que le bloc de gauche garde sa surface, celui d'extrême droite distance largement le bloc bourgeois (245). Concernant ce dernier, le déclin semble irréversible: la coalition de soutien au président Macron, appuyée par 32,3 % des votants au premier tour des législatives 2017, a plafonné à 25,7 % en 2022, puis à 20 % en 2024. Si on agrège les résultats aux législatives de la coalition présidentielle et ceux des Républicains (LR), qui socialement et politiquement lui sont largement homogènes, la chute est encore plus visible: de 53,9 % (2017), à 37 % (2022) puis 25,4 % (2024). Cette dégringolade a profité à l'extrême-droite, et correspond à une radicalisation d'une fraction importante de la bourgeoisie française (246), qui paraît désormais prête à appuyer le Rassemblement national pour contrer l'éventuelle accession au pouvoir d'une gauche (qui semble) décidée à changer radicalement d'orientation sur des thèmes sensibles comme la fiscalité et les services publics (247). Ainsi, entre les législatives 2022 et celles de 2024, le vote au premier tour pour le RN a augmenté de neuf points (de 13 à 22 %) dans les catégories aisées, et de dix-neuf points (de 10 à 29 %) dans les classes moyennes supérieures (248).
La structuration en trois blocs du conflit politique français apparaît ainsi claire, mais elle est liée à une configuration hégémonique particulière, probablement destinée à évoluer, caractérisée par un paradigme néolibéral dominant mais contesté. Dans l'hypothèse, qui ne paraît pas la plus probable, mais qu'il serait imprudent d'exclure, d'un affaiblissement de cette contestation, la France ira vers une bipolarisation offrant une fausse alternative entre deux versions du néolibéralisme, l'une se présentant comme cosmopolite et « progressiste », l'autre nationaliste et identitaire ; et logiquement, la réforme néolibérale ne connaîtra plus d'obstacle majeur. Si en revanche la contestation prend davantage d'ampleur, et si le rassemblement de la gauche autour d'un programme de rupture se confirme, la crise politique se doublera d'une crise hégémonique avec des paradigmes alternatifs se confrontant dans un rapport de force équilibré. Le bloc de la gauche de rupture aura alors toutes ses chances de se stabiliser et de se renforcer, et c'est vers une toute autre bipolarisation qu'on se dirigera, avec d'une part la proposition d'une organisation productive et institutionnelle orientée par les principes de solidarité, d'égalité et de soutenabilité écologique, de l'autre celle du néolibéralisme autoritaire.

 

244. Amable Bruno, ( La grande désillusion politique I, Le Monde Diplomatique, août 2024, p. 1-2.
245. Au premier tour des législatives, le NFP a obtenu 28,3 % des voix exprimées, la coalition
macroniste, Ensemble, 20% et le RN avec ses alliés 33,4 %.
246. Palombarini Stefano: « L'extrême droite, ou les métamorphoses du néolibéralisme », in
Palheta Ugo (ed) : Extrême droite: la résistible ascension, Éditions Amsterdam, 2024
247. Lors des seconds tours des législatives 2024 qui opposaient un candidat de gauche à un candidat RN, seulement la moitié des électeurs macronistes ont décidé de faire barrage à l'extrême-
droite (43% quand le candidat du NFP était affilié à LFI, 54% s'il était Ps, Eelv ou Pcf). Le barrage a été bien plus important dans le cas de duels entre un candidat d'Ensemble et un candidat RN, 72 %
des électeurs de gauche ayant voté pour le premier. Source: sondage Ipsos publié par Le Parisien
le 7 juillet 2024 (Nicolas Berrod : « Législatives 2024 : le « front républicain» a-t-il marché? »)
248. Ifop: Législatives 2022 - Sondage jour du vote: Profil des électeurs et clés du scrutin
(1er tour), juin 2022
Ifop: Analyse du premier tour des élections législatives 2024 : participation et structuration des
électorats, juin 2024.

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